Jérémie Carboni, un réalisateur sur les traces de l’académicien Michel Déon.

par Mélanie Guillemin

Ci-dessus, Jérémie Carboni (Photo de Rémi Vimont) et ci-contre Michel Déon.

Nous avons rencontré le scénariste et réalisateur Jérémie Carboni, auteur de documentaires aux sujets aussi divers qu’intéressants. Un premier film sur Daniel Pennac et son rapport à la lecture : Bartleby en coulisses et un deuxième en montage sur une histoire des musiques électroniques et expérimentales : Musique(s) électronique(s). En parallèle il est scénariste pour le cinéma (3 longs-métrages écrits), président d’une compagnie théâtrale créée sous l’impulsion de Daniel Pennac pour produire ses lectures. Et très récemment, une collaboration avec une légende de la littérature française : Michel Déon de l’Académie française, auteur entre autres des Poneys sauvages (1970, prix Interralié) et d’un Taxi mauve (1973, Grand prix du roman de l’Académie Française).

Mélanie Guillemin (MG) :  Bonjour Jérémie, merci de nous accorder cet entretien et je commencerai par une première question portant sur cette rencontre avec Michel Déon. Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ?

Jérémie Carboni (JC) : Bonjour. J’ai rencontré Michel Déon par l’intermédiaire d’un de mes amis, le peintre et graveur américain George Ball, qui nous a malheureusement quitté il y a quelques années. George était un ancien élève du graveur britannique Stanley William Hayter. Il a illustré un grand nombre d’écrits de Michel Déon (cf. Quarto sur Michel Déon chez Gallimard). En 2005, je suis passé à l’atelier rue de la parcheminerie et George m’a présenté à un homme charmant et très élégant; c’était Michel Déon.

MG : Vous connaissiez cet auteur ?

JC : Oui je connaissais son nom et ses livres, nous les avions dans la bibliothèque familiale. Il est tout simplement l’écrivain préféré de mon père. J’ai d’ailleurs récemment eu le plaisir d’organiser un déjeuner à trois où nous nous sommes retrouvés pour parler de la Grèce et de l’Italie, pays où nous avions vécu.

MG : Comment cette collaboration est-elle née ?

JC : L’année dernière lors d’un voyage en Grèce j’ai relu une partie ses nouvelles. A peine rentré à Paris, j’ai décidé de lui écrire afin de lui proposer une adaptation. Il a été ravi de l’idée et nous nous sommes revus à chacun de ses passages parisiens. Il m’éclaire sur différents aspects de son oeuvre, comme les lieux (pays, villes), l’époque et les personnages choisis, avec des anecdotes variées.

MG : Etes-vous impressionné par une telle légende de la littérature française?

JC : Comment ne pas l’être franchement. A chaque fois que mon téléphone portable sonne et que je vois le nom de Michel Déon s’afficher, j’ai toujours l’impression d’une hallucination passagère! C’est un homme d’une autre époque, il est né en 1919, il a presque connu tout le XXe siècle. A 93 ans, il peut vous raconter la Seconde Guerre mondiale, ses rencontres avec Hitchcock, Frank Capra et Billy Wilder à Hollywood. Ses amitiés avec Salvador Dali, Jacques Laurent, Jacques Chardonne, Claude Lévi-Strauss, Françoise Sagan, Milan Kundera, Jean d’Ormesson ou encore Houellebecq font de lui un homme ouvert à des personnalités bien différentes. Je me sens vraiment comme le grain de sable face à un rocher. Et puis c’est le dernier représentant d’un des derniers grands mouvements littéraires, je veux parler bien sûr des Hussards, composé notamment des écrivains Antoine Blondin, Roger Nimier et Jacques Laurent. Début des années 50, après l’article de Bernard Frank, ce mouvement littéraire était en opposition aux existentialistes et à la figure intellectuelle qu’incarnait Jean-Paul Sartre. C’est le roman le Hussard bleu de Roger Nimier qui a donné le nom à ce regroupement d’auteurs, qui d’ailleurs ne désirait pas créer un mouvement mais défendre « un amour du style, un style bref, cinglant, ductile » et un refus des modes. Ils s’opposeront aussi au Nouveau Roman. Michel Déon est un écrivain droite, monarchiste, qui a des lecteurs de générations très différentes, autant les très jeunes que les plus âgées.

MG : Quelles sont les oeuvres de Michel Déon que vous préférez ?

JC : Il y a les incontournables bien sûr : un Taxi mauve et les Poneys sauvages, mais moi j’aime beaucoup la Montée du soirTaisez-vous j’entends venir un anges et les Tompeuses espérances. Je crois que Michel Déon a une tendresse particulière pour un Déjeuner de soleil, parce qu’il pense que ce roman-essai contient tout les autres.

MG : Donc si l’on devait conseiller deux romans de Michel Déon, en dehors des Poneys sauvages et d’un Taxi mauve, ce serait?

JC : Je dirais La Montée du soir et Un Déjeuner de soleil.

MG : Comment le cinéma est arrivé jusqu’à vous ? Est-ce que vos parents ou grands-parents étaient du métier ? 

JC : Non pas vraiment, plutôt des hommes liés à l’Etat et à la haute fonction publique. Mon grand-père paternel était Secrétaire-Général des douanes du sud de la France, basé sur le port de Nice, là où mon père a grandi. Après des études aux lycée Masséna, ce dernier montera à la capitale pour de brillantes études. Il travaillera d’abord en diplomatie (Grèce) puis pour Findus avant de rejoindre le groupe EDF-GDF. Il est aujourd’hui un des dirigeants du groupe GDF Suez, à la direction de la branche informatique : GDF Suez IT. Du côté maternelle c’est art et politique. Ma mère a été une ancienne pianiste classique et mes grands-parents ont travaillé comme stylistes notamment pour Sylvie Vartan (costumes de scène et fondateurs des Créations Sylvie Vartan avec Emmanuelle Khanh), ils sont connus pour avoir lancé la carrière des stylistes Marithé et François Girbaud, les papes du jeans. Mes oncles ont travaillé avec Sardou et Johnny Hallyday et ont fait de la politique, il y a de ce côté là de ma famille des anciens députés, ministres et conseillers, plutôt centristes, personnages qui m’ont ouvert au monde de la politique.

MG : Vous avez participé à des réunions politiques ?

JC : Oui et j’ai même conseillé des hommes politiques ou partis (UDI, République solidaire, etc). Surtout en communication ou pour la partie audiovisuelle. La politique m’a toujours intéressé.

MG : Vous pouvez nous parler de votre actualité ?

JC : Je termine en ce moment ce documentaire sur les musiques électro  Musique(s) électronique(s) : les bruitistes et leur descendance avec Jean-Michel Jarre, Emilie Simon, Moriarty, François Bayle, Michel Chion, Marc Battier, pour la télévision.

MG : Merci pour cette interview.

JC : Merci à vous.

Jérémie Carboni avec Daniel Pennac à Rome en 2010.

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